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Mardi 22 septembre 2009

Marie-josé El Haimer et Zahia Oumakhlouf, co-présidentes de "ATL Jénine"

Jean Louis Favre, secrétaire, chargé de ATL 13ème

vous invitent a l’exposition

Le camp de Jénine raconté par ses jeunes
Images et recits de jeunes réfugiés palestiniens sous la direction d'Emily Smith,

du 21 septembre au 14 octobre 2009, au Centre d'Animation de la Poterne des Peupliers, 1 rue Gouthière, 75013 Paris



"Images et histoires" est une série de photos prises par un groupe d'adolescents du camp de réfugiés de Jénine. Six filles et cinq garçons ont participé à ce projet. Ils ont suivi des cours au Freedom Theatre pendant huit semaines pour apprendre les bases techniques et esthétiques de la photographie. A la fin de leur cursus, on leur a demandé de constituer un ensemble cohérent de portraits dans le but de les exposer. Les élèves ont été invités à croquer des portraits formels, puis à montrer leur modèle dans un environnement naturel révélateur de leur situation au jour le jour. Au début, les étudiants étaient timides et hésitants à propos des histoires qu’ils voulaient partager. Ils n’étaient pas certains d’avoir envie d’étaler l’histoire de leur vie devant une caméra, surtout en sachant que leurs clichés seraient montrés dans une exposition. Au fil des cours et des discussions entre élèves et enseignants sur le caractère captivant des histoires, une tendance lourde s’est dégagée sur le contenu des photos. Dans leur majorité, les pères de ces étudiants avaient été frappés brutalement et torturés pendant l’opération "Rempart" en 2002, la plus importante opération militaire lancée par Israël depuis "la guerre des six jours" en 1967. L’orientation vers la révélation de la lutte de ces étudiants et de leurs familles respectives est considérable et insupportable. Avec les encouragements de la classe, ces courageux adolescents ont créé des portraits magnifiques qui suscitent émotion et curiosité pour ce qui se passe dans l’existence des Palestiniens.

La maturation qui s’est produite dans la vie de ces étudiants pendant la genèse de “Images et histoires” a été cruciale dans l’exposition de la vérité sur leurs difficultés au monde extérieur. Les liens qui se sont noués entre les élèves quand ils se sont rendus compte qu’ils traitaient des mêmes tragédies ont aussi été déterminants.

Les portraits formels ont été pris avec une caméra numérique avec l’aide des autres étudiants et les portraits croqués dans un environnement ont été pris avec des caméscopes sans assistance extérieure. Cette forme d’auto-expression et de photographie constitue un des ensembles d’œuvres les plus importants pour montrer la société d’aujourd'hui.


Infos pratiques :

Pour contacter Emily Smith
E-mail : emilysmithphoto@yahoo.com
Site web : www.emilyinpalestine.wordpress.com.


Pour contacter le Freedom theatre,
Site web : www.thefreedomtheatre.org


Pour contacter l’ATL Jénine
Les Amis du Théâtre de la Liberté de Jénine (ATL Jénine),
MDA du 18ème, boite 84, 15 passage Ramey, 75018 Paris.
E-mail : theatrejenine@yahoo.fr
Site web : www.atljenine.net

Pour contacter le Centre d’Animation
Centre d’animation de la Poterne des Peupliers
Tél. : 01 45 88 46 68

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Vendredi 17 juillet 2009

A voir dans le Off :


"Hamelin" de Juan Mayorga par Fred.

Tels les rats envahissant le village d'Hamelin dans le conte des frères Grimm, le mal est-il en train de pénétrer les différentes strates de la ville? Sous la plume de Juan Mayorga, ce mal prend les apparences d'un réseau pédophile, synthèse parfaite des phobies humaines. Avec une écriture quasiment cinématographique, l'auteur nous entraîne dans une histoire policière pas tout à fait comme les autres. Le choix d'une mise en scène totalement épurée (absence de jeu de lumières, seuls quelques néons diffusent un éclairage blafard, absence de décor), soutenue par la présence d'un narrateur, véritable chef d'orchestre complice du public, est particulièrement intéressant. Celui-ci créé en temps réel les éléments nécessaires à la fiction (à l'aide d'une simple craie, rééditant en cela le pari formel de Lars Von Trier dans "Dogville") et scrute, tel la caméra d'un Orson Welles, les personnages lors de leurs différentes confrontations. Un pari osé donc, mais totalement réussi!

Mise en scène : Christophe Sermet
Compagnie Rideau de Bruxelles
A théâtre des Doms tous les jours à 20h.

"Le bal de Kafka" de Timothy Daly par Mad.
Ce n'est pas tant l'univers de Kafka que nous présente Timothy Daly avec le "bal de Kafka", mais une vision de ce monde qui est le notre, sous l'angle interrogateur de Kakfa. Les rapports sur-codifiés entre les individus assimilent celui-ci à un théâtre où chaque sentiment, aussi profond soit-il, possède ses régles d'expression, et où l'improvisation devient la pire des transgressions. Les personnages évoluent sur un plan incliné en perpétuelle rotation, mise en scène pertinente suggérant un monde instable qui accentue l'incapacité de Kafka à le saisir. Avec une "Métamorphose" en construction tout le long de la pièce, Kafka s'applique dans ses cours de jeu théâtral et apprend progressivement à être l'assassin de sa propre personne.

Mise en scène : Isabelle Starkier
Compagnie Star Théâtre
Au Théâtre des Halles tous les jours à 14h.

"Stones" de Yinon Tzafrir, Avi Gibson Bal et El Daniel Zafrani par Mad & Fred.
L'Orto-Da Theatre Group, compagnie de Tel Aviv, présente "Stones", un des évènements du Off 2009. Ce spectacle mime, formellement excellent, retrace l'histoire de l'état d'Israël. Si la critique de la sur-utilisation de l'holocauste comme évènement fondateur puis fédérateur et finalement ultime raison d'être y est radicale, il est dommage que la question de la colonisation ne soit pas abordée.

Orto-Da Theatre Group

Au Théâtre Buffon tous les jours à 12h40

"Asphalt Jungle" de Sylvain Levey par Mad.
"Asphalt Jungle" est un texte sans concession, mis en scène de manière radicale, pour décrire les rapports humains au sein notre société en général et du monde de l'entreprise en particulier. Un modèle qu'on nous presente comme seul adapté à la nature humaine.


Mise en scène : Laurent Maindon
Théâtre du Rictus
Au Grenier à Sel tous les jours à 12h15.

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Mercredi 15 juillet 2009

A voir dans le Off :


"Histoire d'amour (derniers chapitres)" de Jean-Luc Lagarce par Mad.

"Histoire d’amour" aborde la question de la création, de la mise en forme d’une histoire et du processus de sa structuration lors des premières phases de l’écriture. Etape quasi-schizophrénique où l’auteur tente de faire émerger des personnages, une femme et un homme, de les faire se mouvoir, de leur insuffler une vie. Ils seront, avec lui qui hante l’univers fictionnel, les protagonistes de son histoire d’amour. Comme pour mieux transmettre son enfermement, lui, l’auteur, évolue dans un espace confiné avec comme seul décor un ordinateur, bien sûr, un canapé et une télé dans laquelle son image lui sera plus tard renvoyée.
Peu à peu, jonglant entre des souvenirs et des blessures, réels et imaginaires, la mémoire se perd et le récit s’évanouit.
"Histoire d’amour " est la mise en scène d’une tentative de création et de son échec.

Mise en scène : Matthieu Roy
Compagnie du Veilleur
A la manufacture tous les jours à 13h40.

"Naître à jamais" de Andras Visky par Fred.
Le Théâtre Hongrois de Cluj en Roumanie présente "Naître à jamais" au théâtre des Halles. Le texte, signé Andras Visky, traite de l'impossibilité, pour les rescapés des camps de la mort, de témoigner de ce que fut l'holocauste. De l'impossibilité de revivre après ça.
Un homme sans nom raconte son histoire à 9 autres personnages, tour à tour confidents et acteurs de ce qui est sa tragédie. Si le texte est inégal (métaphores hasardeuses, comparaison entre camp d'extermination et école à la discipline de fer), la mise en scène est très réussie. Elle se concentre sur la solitude du personnage principal qui croît au fur et à mesure qu'il livre son témoignage, lui se retrouvant isolé physiquement des autres protagonistes qui ne parviennent déjà plus, malgré de multiples tentatives obsessionnelles, à pénétrer son univers. Ne restera au final que l'homme, enfermé dans son histoire dont le témoignage écrit lui-même, s'avère éphémère...

Mise en scène : Gabor Tompa
Théâtre Hongrois de Cluj
Au Théâtre des Halles tous les jours à 21h.

"L’histoire de Ronald, le clown de McDonald’s et J’ai acheté une pelle chez Ikea pour creuser ma tombe" de Rodrigo Garcia par Mad.
La troupe Luxembourgeoise du théâtre du Centaure nous avait déjà ravi par le passé avec "Trahisons" de Pinter. Leur adaptation de « Je suis Adolf Eichmann » de Juutinen nous avait interpellée l’année dernière (voir Mad Festival d’Avignon 2008 : impressions 3). Ils reviennent avec "L’histoire de Ronald …". Une satire crue et trash de l’arrogance de la société occidentale. Une société à la dérive où la consommation est valeur suprême. Tel un organisme freudien, elle n’a que rots à offrir, conséquence d’une malnutrition en fermentation.
En parfaite harmonie avec le texte de Garcia, la mise en scène place ses trois personnages (parfaitement incarnés par de jeunes comédiens) dans un univers enfantin avec jouets et peluches ici et là, et un décor aux couleurs vives sans nuance...

Mise en scène : Marion Poppenborg
Théâtre du Centaure
Au Balcon tous les jours à 11h

"Inventaire 68, un pavé dans l'histoire" de Nicolas Bonneau par Fred.
Avec cette pièce, Nicolas Bonneau, auteur de "Sortie d'usine" qui est présenté à nouveau cette année à la Manufacture, s'attaque cette fois à cet évènement mythique qu'est Mai 68! Objet de tant de fantasmes qu'un candidat à la présidentielle 2007 en appelait à se débarrasser enfin, de son héritage... En invoquant les souvenirs de Pierrot, le fils de prolos, et de Juliet (avec un seul "t"), la fille de bourgeois, Nicolas Bonneau, seul en scène, nous plonge dans l'effervescence de cette époque.
Ses talents de "raconteur d'histoires" font à nouveau merveilles et son écriture donne un éclairage jouissif à l'humour omniprésent, sur ce que fut Mai 68. Ce fut bien sûr, une révolte d'enfants de bourgeois n'ayant aucune conscience de cette condition ouvrière dont ils prétendaient tant se soucier. Mais ce fut aussi un moment où les revendications de la jeunesse visaient à changer la société pour en bâtir une nouvelle fondée sur l'intérêt commun. Maintenant que les revendications étudiantes ne concernent plus que l'intérêt privé et le droit à intégrer le système de production dominant (les manifs anti CPE étaient exemplaires à ce sujet), c'est peut-être ça l'héritage 68 qu'il nous faut réinventer.

Mise en scène : Anne Marcel
Compagnie La Volige
A la Manufacture les jours impairs à 15h45.

A voir également :

"Pièces détachées/Oulipo" de Raymon Queneau, Georges Perec et Jacques Roubaud
Un réel plaisir pour les amateurs de manipulations mathématiques de la langue française. A noter, la virtuosité des 3 comédiens!

Mise en scène : Michel Abécassis
Théâtre de l'Eveil
Au Chien qui fume tous les jours à 20h50

La troupe Luxembourgeoise du théâtre du Centaure nous avait déjà ravi par le passé avec « Trahisons » de Pinter. Leur adaptation de « Je suis Adolf Eichmann » de Juutinen nous avait interpellée l’année dernière (voir Mad Festival d’Avignon 2008 impressions). Ils reviennent avec « L’histoire de Ronald … » Une satire crue et trash de l’arrogance de la société occidentale. Une société à la dérive où la consommation est valeur suprême. Tel un organisme freudien, elle n’a que rots à offrir, conséquence d’une malnutrition en fermentation.
En parfaite harmonie avec le texte de Garcia, la mise en scène place ses trois personnages (parfaitement incarnés par de jeunes comédiens) dans un univers enfantin avec jouets et peluches ici et là, et un décor aux couleurs vives sans nuances
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Samedi 2 mai 2009
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Mercredi 15 avril 2009
Voir partie 1

Orson Welles terrifiant l'Amérique avec son adaptation de "La Guerre des Mondes" en 1938

"Il faut saluer l'ouverture d'esprit de Christine Boutin".
Mais qu'est-ce qui a pu pousser l'association ReOpen911 à faire cette déclaration pour le moins étonnante sur son site Internet le 4 juillet 2007? Et qu'est-ce qui pousse un journal comme Le Grand Soir, dont la ligne éditoriale peut être qualifiée de gauche radicale, à ouvrir largement ses colonnes à cette association, ce qui revient à cautionner leurs diverses prises de position? La réponse est à chercher du côté des mythes conspirationnistes et de la capacité d'adhésion hors du commun qu'ils génèrent.


Les mythes conspirationnistes du 11 septembre
La principale particularité des mythes conspirationnistes, appelés également théories du complot, par rapport aux autres types de croyances collectives, réside dans leur dimension idéologique. Un évènement aussi symbolique que les attentats du 11 septembre 2001 (agression de la première puissance mondiale) en a naturellement généré un grand nombre. Citons trois exemples :

  • Croyance n° 1 : Les images des manifestations de joie de quelques Palestiniens à l’annonce des attentats, diffusées en boucle sur plusieurs chaînes de télévision, seraient fausses, il s’agirait en fait d’images datant de la première guerre du Golfe.
  • Croyance n°2 : 4000 juifs ne seraient pas allés travailler dans le World Trade Center le jour des attentats.
  • Croyance n°3 : les Etats-Unis avaient connaissance de la préparation de ces attentats et n’auraient rien fait pour les empêcher, voire les auraient eux-mêmes commandités.

La première croyance, en prétendant dévoiler une manipulation médiatique (de CNN notamment), vise à semer le trouble sur les auteurs présumés de l’attentat. Pour cet exemple précis, l’origine de la rumeur a été retrouvée (fait rare) : tout a démarré d’un simple message posté par un étudiant brésilien sur un forum internet. L’étudiant a lui-même reconnu son erreur quelques heures plus tard (voir le dossier de hoaxbuster).

La deuxième croyance, diffusée notamment sur la chaîne de télévision Al-Jazeera et par deux journaux américains, vise à attribuer à Israël et au Mossad (voire aux Etats-Unis, alliés historiques d’Israël) une responsabilité dans cet attentat. La difficulté a été ici de vérifier rapidement que cette rumeur est fausse. Après enquête il s’est avéré que celle-ci provenait de la chaîne de télévision du Hezbollah Al-Manar, relayant ainsi des informations du journal jordanien Al-Watan lequel n’a jamais apporté de précisions quant à ses sources (voir à ce sujet l'article d'Emmanuel Taïeb, enseignant chercheur à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble).

La troisième croyance est en quelque sorte la synthèse logique de toutes les rumeurs conspirationnistes qui ont pu circuler. Son apparition a été facilitée par la propagation de l’idée selon laquelle les Etats-Unis avaient besoin d’un tel évènement pour légitimer leur guerre au Moyen Orient, même si c’est oublier un peu vite qu’ils n’ont jamais eu besoin d’évènements d’une telle ampleur pour justifier leur politique extérieure scélérate. Notons qu’une rumeur identique avait déjà émergé lors de l’attaque de Pearl Harbor en 1941 ("Vie et mort des croyances collectives", Gérald Bronner, Ed. Hermann 2006).

Depuis la publication de son livre "l’effroyable imposture" en 2003, le porte-parole le plus médiatique
en France de cette troisième croyance, est Thierry Meyssan (voir à ce sujet le site du Réseau Voltaire). A sa suite, plusieurs associations adeptes de la théorie du complot ont été créées, la plus active étant ReOpen911. Selon Meyssan, aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001. Pour preuves : l’absence de débris d’appareil sur les clichés publiés, la faible envergure de l’impact, etc… Autant d’assertions fondées uniquement sur l’analyse des photos publiées sur Internet, alors que leur démonstration scientifique requièrerait un travail considérable de la part de spécialistes de différentes disciplines. Dans le même ordre d’idées, on peut citer la rumeur selon laquelle les tours du WTC auraient été dynamitées, ce qui explique leur effondrement. On peut alors se s'interroger sur l'intérêt d'envoyer 2 avions les percuter...

Dégâts causés par l'attentat du 11 septembre 2001 contre le Pentagone, attribué à l'impact du vol 77 d'American Airlines.

Un autre exemple intéressant
Nous n'avons abordé ici que les mythes conspirationnistes générés par les attentats du 11 septembre 2001, mais il en existe évidemment quantité d'autres. Un exemple célèbre et datant à peu près de la même époque (avril 2001) concerne les inondations survenues en baie de Somme. Une rumeur a alors circulé selon laquelle celles-ci ne seraient pas fortuites mais résulteraient du détournement des eaux de la Seine afin d’éviter l’inondation de Paris. On retrouve ici la classique opposition Paris/Province. La rumeur fut si persistante que Jospin, premier ministre de l’époque, fut accueilli à grands renforts de sifflets lors de sa visite à Abbeville (voir Libération du 10/04/2001).

Conclusions sur la partie 2
Si certaines théories du complot peuvent être rapidement éjectées du marché cognitif (cas des croyances 1 et 2), d'autres y demeurent de manière persistante et peuvent même voir leur cote s'envoler (cas de la croyance n°3). Celles-ci peuvent alors pousser leurs partisans aux malhonnêtetés intellectuelles les plus flagrantes, comme utiliser, pour appuyer leur discours, les prises de position de personnages publics (Jean Marie Bigard, Marion Cotillard, Christine Boutin) dont on peut douter qu’ils aient une quelconque expertise en matière de géopolitique ou de comportement de structures complexes sous sollicitations thermomécaniques extrêmes. Nous essaierons de comprendre pourquoi dans la troisième partie.

Fred
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Vendredi 27 mars 2009
Reportage de Nicolas Favre lors de la journée de mobilisation des Réunionnais contre le chômage, la précarité, la pauvreté, les bas salaires et la vie chère.




Nicolas
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Dimanche 22 mars 2009
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Vendredi 27 février 2009
Anne-Marie, assistante sociale de 47 ans, annonce à son petit ami Alex, qu'elle le quitte. Juste avant, en guise de scène d'ouverture du film, nous l'avons vue dans sa salle de bain, fracassant son miroir à coups de marteau avant de s'asséner un violent coup sur la tête et de tomber évanouie. C'est le trajet entre ces deux moments (la rupture et la folie) que vont décortiquer Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic dans leur film.

Ce qui intéresse les deux réalisateurs n'est pas tant la question du pourquoi (pourquoi Anne-Marie a-t-elle sombré dans cet état de folie?), que celle du comment. Le facteur déclenchant nous est en effet rapidement dévoilé : notre héroïne vacille lorsqu'elle apprend que la nouvelle compagne d'Alex a le même âge qu'elle. Un peu comme si l'effondrement du scénario dont elle avait fini par se persuader (son compagnon finira fatalement par la quitter pour quelqu'un de plus jeune, d'où le fait d'avoir pris les devants) ébranlait sa raison. Dès lors, c'est sa lente plongée dans la schizophrénie qui va nous être présentée.

Le premier atout du film réside dans son interprète principale, Dominique Blanc. Son visage énigmatique et sa capacité à faire surgir à tout moment l'étrangeté et l'angoisse dans son jeu, font merveille pour incarner cette femme désemparée.



Mais le réel tour de force de Bernard et Trividic concerne la mise en scène. Rarement celle-ci aura été autant mise au service du propos d'un film. Tout ici, les plans, les prises de vue, le montage (déstructuré temporellement), évoque la schizophrénie et les obsessions du personnage principal. L'objectif est de faire ressentir visuellement au spectateur cet état mental évolutif. Principal artifice utilisé : le miroir, celui-là même qu'on essaie de recouvrir de papier journal dans la scène ouvrant le film. Ustensile clé au cinéma, celui-ci est généralement utilisé pour rappeler au spectateur que tout ce qui va lui être montré est faux, que malgré les apparences de réalité intrinsèques au 7ème art, le spectacle auquel il assiste n'est que le reflet déformé, exagéré, de ce réel. L'illustration la plus célèbre de cette théorie est due à Joseph Losey qui, dans "The servant", se paie le luxe d'un plan de miroir réellement déformant. Les miroirs utilisés dans "L'Autre" ont un autre but : montrer le dédoublement progressif d'Anne-Marie, son reflet lui obéissant de moins en moins. A peine perceptible au début (y compris par elle-même), ce décalage entre le personnage et son double s'accentue, l'amusement initial cédant progressivement la place à l'effroi. Mais qui est ce double désobéissant? La réponse nous est donnée dans une étonnante séquence filmée en caméra subjective, de l'autre côté du miroir, où pour la première fois on est à la place du reflet. La scène, teintée de mélancolie et procurant une sensation d'enfermement, nous montre une Anne-Marie monomaniaque, en train d'obstruer notre champ de vision avec du papier journal. Le double incarne donc la part de lucidité du personnage, de plus en plus étouffée et impuissante face à la progression de la maladie. Ce double fera même une apparition hors miroir, dans la spectaculaire scène du RER au cours de laquelle toute distinction entre double et original devient impossible.

Tout comme la schizophrénie de l'héroïne est représentée par les différents jeux de miroirs, son obsession est communiquée au spectateur par la dimension géométrique du film. La ligne, qu'elle soit droite ou courbe, est omniprésente (nombreuses scènes de transport ferroviaire donc "guidé", échangeurs d'autoroute, décors intérieurs), comme un symbole de l'espace unidimensionnel suffisant pour décrire la trajectoire mentale d'Anne-Marie, toute entière portée vers son obsession : découvrir l'identité de la nouvelle compagne d'Alex.

Bien que plus classique d'un point de vue narratif, sa mise en scène exceptionnellement inventive et son montage très travaillé donnent à "L'Autre" un indéniable caractère "Lynchien".

Fred
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Dimanche 15 février 2009
Habitant la Guadeloupe depuis 4 ans, affecté en tant que fonctionnaire (enseignant du secondaire), je me trouve au cœur des manifestations sociales qui ont commencé sur l’île il y a 4 semaines déjà et qui, au jour d’aujourd’hui, 11 février 2008, n’ont toujours pas trouvé de solution acceptable pour le collectif meneur de ce mouvement. Le collectif Lyannaj Kont Profitation (LKP) réclame, entre autres 146 points de revendications, la hausse du pouvoir d’achat, passant notamment par la baisse du prix de l’essence à la pompe et du coût des produits dits de première nécessité jugés excessifs par rapport au coût métropole, même si, bien sûr, ce coût intègre le prix du transport maritime ou aérien. Une des dernières revendications, celle qui pose le plus problème, est la hausse de tous les bas salaires de 200 € mensuels.

Des personnes bloquent l'entrée du casino de Gosier en Guadeloupe le 22 janvier 2009
 au troisième jour de la grève générale (source : Libération du 29/01/2009)


Cette crise m’amène à m’interroger sur les conditions particulières de fonctionnement que nous fait vivre cette crise et sur les effets à plus ou moins long terme qu’elle pourrait avoir, le retentissement dans notre pays et à l’étranger qu’elle pourrait connaitre. Sachant que je ne suis ni spécialiste des Antilles, ni économiste, mais simple observateur en local, ce qui suit pourra je l’espère, éclairer les métropolitains par rapport à ce qu’ils entendent dans les médias « officiels ».


Tout d’abord, cette crise a un retentissement personnel : apprendre à vivre avec un approvisionnement chaotique en essence et denrées alimentaires a quelque chose d’inédit, rapprochant les hommes de leurs besoins de base si souvent oubliés. C’est une banalité que de dire cela. Ce qui, je pense, l’est moins, c’est que ces conditions un peu précaires ne favorisent pas forcément la solidarité entre les gens. Par certains aspects, oui, on adopte plus facilement le covoiturage (bien qu’il soit plus difficile d’accepter le covoiturage sur le long terme que lors d’une grève de la RATP d’une journée), on va se refiler des tuyaux pour s’approvisionner et se donner des infos sur la situation, les barrages, etc… Cependant, parallèlement, les dissensions apparaissent encore plus au grand jour, entre fonctionnaires touchant une prime de cherté de la vie et chômeurs ou bas salaires qui eux, ne sont pas du tout revalorisés aux Antilles. Autre point négatif, les réservoirs percés pour récupérer l’essence des autres, ce qui fait penser à un fameux film des années 80 où le pétrole avait quasiment disparu et la bataille pour le carburant faisait rage. On n’en est pas là aujourd’hui, heureusement, mais la pénurie d’essence à l’échelle d’une île est une belle expérience à petite taille ; qu’en serait-il si jamais cela arrivait au plan national ?

Sur le plan personnel encore, nous rencontrons quelques situations exceptionnelles : routes bloquées par des palettes, des poubelles, des panneaux publicitaires renversés ou des carcasses de voiture incendiées, ceci dans les quartiers que nous fréquentons habituellement et à côté de notre lieu de travail. Sans être le chaos, cette altération de la ville policée, cette « a-normalité » a quelque chose d’inquiétant, ou pour le moins stressant. Ayant trouvé un matin mon lycée fermé dans un quartier qui visiblement avait subi des émeutes dans la nuit, j’ai eu immédiatement en tête les images « banales » montrées dans les médias de situations difficiles : celle qui m’est venue ce jour-là, est la flambée de violence que la France a connu lors des divers « événements » dans les banlieues, à la gare du Nord, etc… Sans être comparable, je me suis interrogé sur le vécu de gens, dont certains professeurs comme moi, avec des vies banales, qui se retrouvent brutalement dans des situations de chaos. Comment réagir sainement à ce genre d’événement et comment s’en remettre. A mon niveau, je constate que nous connaissons déjà un certain stress quotidien dû à ces événements et notamment les enfants qui sont très perturbés lorsqu’ils voient par exemple une poubelle renversée qui bloque une rue. J’en conclus que notre société, qui nous berce de multimédia et de voyages lointains, nous déconnecte d’une réalité et, fragile comme elle est, nous donne peu de ressort pour affronter un bug dans la routine. Le sentiment au sein de notre famille est de vouloir devenir autonome dans le futur en cas de crise, que ce soit en Guadeloupe ou en France, autonomie alimentaire (potager, animaux) et énergétique (panneaux photovoltaïques) notamment. Ce qui, bien sûr, est loin d’être à la portée de tout le monde dans cette France où le prix du m² a fortement augmenté et une majorité de gens vit en appartement. Sans doute une autre façon de vivre et de consommer est-elle possible.


Second point sur lequel je m’interroge, c’est la stabilité de nos institutions et de notre mode de fonctionnement. Notre société est basée sur un « toujours plus vite » qui n’admet pas de grain de sable dans ses rouages parfaitement huilés. Ainsi, toute manifestation est actuellement niée par notre gouvernement qui entend poursuivre ses réformes malgré tout. Or, le grain de sable, qui arrive de Guadeloupe et s’étend déjà en Martinique et en métropole puisque Monsieur Besancenot, Madame Royal notamment, ont déjà émis des avis sur la façon du gouvernement à traiter cette crise, ce grain de sable ne va pas sans poser de nombreux problèmes au niveau local et il est évident qu’une grève de 4 semaines a des conséquences graves pour les personnes qui la vivent.

Tout d’abord, l’éducation est au point mort depuis 4 semaines, les écoles, collèges et lycées étant quasiment fermés en continu. Avec pour conséquences évidentes, comment préparer le bac, les examens de BTS, les concours des grandes écoles. Si pour le bac, on peut imaginer un rattrapage local, les BTS et concours sont nationaux. Ainsi, encore une fois, les gens se débrouillent, les professeurs organisent des cours par mail, blogs, etc… solution de secours bien sûr qui ne peut se substituer à des cours « live ». Certains parents font appel à des amis pour des cours de soutien, d’autres à des boîtes privées. Là encore, tout le monde ne bénéficiera pas des mêmes chances à l’arrivée…
Ensuite, c’est toute l’économie qui est stoppée, faute de carburant, d’approvisionnement, et aussi car les grévistes font systématiquement fermer les enseignes qui ouvrent pour quelques heures. Si l’économie locale risque de s’en ressentir fortement, avec des conséquences sur les investissements, le tourisme, encore imprévisibles, ce qui est sûr c’est que les travailleurs risquent de payer les pots cassés, avec déjà 180 dossiers de licenciement déposés par les entreprises depuis le début de la grève.

Troisième point, les entreprises justement, qui ont pratiqué ce que le LKP dénonce justement à savoir, la « profitation », appliquant des marges exorbitantes sur le transport des denrées depuis la métropole à destination des Antilles. Et même sur les îles : un seul exemple, le prix de la banane est le même en Guadeloupe, à 1 km des bananiers, qu’en métropole. Le prix des denrées de base (produits lactés par exemple) est par contre quasiment doublé, ce qui explique les primes accordées au fonctionnaires de l’Etat mais laisse perplexe quant au calcul des bas salaires, identiques à celui de la métropole. Concernant l’essence, importée du Venezuela à un prix inférieur à la métropole, elle se retrouve plus chère qu’en France ; la société qui importe le carburant, la SARA, se retrouve d’ailleurs dans le collimateur du gouvernement pour expliquer ses prix. C’est un bon aspect de cette grève. Si l’Etat refuse d’augmenter les bas salaires, il se retourne justement vers le patronat qui, bien sûr, ne l’entend pas de cette oreille. Le point de blocage pourrait encore durer.

Enfin, ces manifestations laissent entrevoir un malaise dû à l’histoire, les DOM étant des départements à part, notamment du fait de leur culture métissée, et de par leur passé colonial, encore très présent. Ainsi, ce mouvement prend des tournures anti-Etat, avec une couleur parfois anti-Français (ce qui veut dire anti-blancs), provoquant un malaise général pas bien défini. En effet, les blancs ici sont pour beaucoup des fonctionnaires (professeurs, gendarmes, personnels hospitaliers) ou des cadres d’entreprise, les noirs et indiens étant souvent relayés à des emplois subalternes. Ce qui est une réalité quotidienne  et qui n’apparait pas généralement (le métissage, contrairement à ce que l’on m’avait dit avant que je vienne ici, se passe bien et les gens de différentes origines se mélangent) est aujourd’hui révélé par ces manifestations. Tous les habitants de l’île pourraient être touchés si jamais un racisme réapparaissait.

Institutionnellement, les DOM ont un statut particulier et à cette crise économique et sociale s’ajoute une crise politique, avec en ligne de mire le Président de région, Victorin Lurel, que d’aucuns voudraient bien déboulonner. La Guadeloupe étant à la fois région et département, les nombreuses institutions se marchent un peu sur les pieds, se renvoient la balle et il apparait que la simplification du découpage territorial prôné par le Président de la République serait sans doute positif en Guadeloupe. En attendant, l’Etat, par l’intermédiaire d’Yves Jégo, s’est empêtré dans ces négociations avant de renvoyer le LKP face aux représentants patronaux.
Face à cette situation, le statut même de la Guadeloupe pourrait être revu par l’Etat, celle-ci étant probablement une épine dans le pied du gouvernement. Je rappelle pour finir que l’île a voté pour obtenir le statut de TOM en 2004 et que, à 75%, le peuple guadeloupéen a voté non. D’aucuns prétendent que l’opinion aurait été à l’époque manipulée et qu’un nouveau référendum donnerait un résultat différent. A voir ...

de la Guadeloupe, par Jean-Philippe
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Mercredi 12 novembre 2008
Préambule : La Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) est née en juin 2001, au moment où l’offensive coloniale et répressive israélienne passait à une nouvelle étape. Une des initiatives majeures est la constitution de missions civiles internationales pour la protection du peuple palestinien. Ces missions se rendent dans les territoires palestiniens occupés, pour observer, témoigner, et intervenir pacifiquement dans des actions de résistance à l’incroyable déni de droits subi par le peuple palestinien. Jean-Louis, membre de La Bifurcation depuis le début, participe en ce moment à la 145ème mission à Tulkarem, Naplouse et Bil'in. Nous publions ici, au jour le jour, les comptes rendus transmis par la mission.



COMPTE RENDU DU 6 NOVEMBRE 2008


Alors qu’on arrive à Jérusalem, on voit un attroupement de soldats et de policiers vers la porte de Damas. On reçoit un coup de fil de dernière minute pour nous demander d’aller à Silwan. C’est un quartier de Jérusalem Est où la municipalité essaye de mettre en valeur des traces d’une histoire juive pour justifier que la terre leur appartient. Ils ont créé un musée "City of David" et font des fouilles archéologiques pour lesquelles ils creusent un tunnel qui doit aller jusque sous l’esplanade des mosquées, avec pour conséquence de saper les fondations des habitations au-dessus.


Dôme du Rocher à Jerusalem - photo prise par Michael (voir son blog http://occupiedlove.blogspot.com/)


Des colons occupent les maisons dès qu’elles sont inoccupées et une association d’extrême droite financée par des juifs américains et européens fournit les vigiles privés sur les toits. Les caméras fleurissent dans le quartier. La zone étant déclarée inconstructible, les agrandissement d’habitations sont illégales et de toute façon si la municipalité de Jérusalem veut casser, elle fait ce qu’elle veut.

88 habitations doivent être détruites pour faire un parc. Ça a été repoussé il y a plusieurs années, mais c’est à nouveau à l’ordre du jour. Les destructions ont commencé hier sous la surveillance d’une vingtaine de soldats, avec comme objectif de détruire cinq maisons, mais les habitants ont résisté. Finalement, des hordes de soldats et de policiers seront mobilisés, et seulement deux maisons détruites. Les familles ont eu 10 minutes pour prendre leurs affaires et sont hébergées chez des proches...

Il y a eu une manifestation le matin mais tout est calme à notre arrivée. Notre contact, Jalil, dirige une association qui gère les procès et tente de faire vivre la culture du quartier pour résister à sa judéisation. Il nous reçoit dans la tente que les militants ont plantée pour occuper le terrain et avoir une présence publique. L’association, qui n’a qu’un an, reçoit beaucoup de soutiens moraux mais peu de soutiens financiers...

En repartant on croise dans le quartier, trois jeunes colons, dont un armé. Le soir on part pour Ma’ssara (Bethlehem) pour la manifestation du vendredi contre le mur.

Retrouvez l'intégralité de ce compte rendu, et plein d'autres informations sur le site de la CCIPPP.

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