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Vendredi 2 mai 2008

 

Le premier plan du dernier film de Michael Haneke, remake exact (plan par plan) de son "Funny games" autrichien de 1997, suit le déplacement rectiligne d'une voiture remorquant un voilier, filmée d'en haut, à la verticale, de telle sorte qu'elle semble n'être qu'un mobile sur un plateau de jeu. A l'intérieur, un couple financièrement aisé (Naomie Watts et Tim Roth) joue avec son fils, à identifier des morceaux de musique classique. Le thème du film sera donc le jeu, ou plutôt les jeux, et leur cortège de manipulations.

 

La première manipulation, directe, est celle de la victime par son bourreau, mise en évidence par l'histoire même du film. La famille idéale, à peine arrivée dans sa magnifique résidence de vacances, reçoit la visite de deux jeunes hommes raffinés (Michael Pitt et Brady Corbert), amis des voisins, venus demander des œufs. Tels deux anges exterminateurs, ils vont proposer un pari à leurs hôtes : les 3 membres de la famille seront morts avant le lendemain matin, 9 heures. Un véritable jeu du chat et de la souris s'instaure dès lors, qu'il va nous falloir supporter jusqu'au bout tout en en connaissant implicitement l'issue.

 

La trame dramaturgique, violente et directe, ainsi que la mise en scène glaciale de Haneke, permettent une lecture plus générale du film. Il s'agit là du deuxième niveau de manipulation : le sort réservé à cette famille comme métaphore de la façon dont la violence est traitée et manipulée dans nos sociétés. Violence des rapports humains, où l'autre est déshumanisé, considéré comme un objet pouvant servir des intérêts particuliers et temporaires. Cette violence est supportée et tolérée grâce à un travail de distanciation, essentiellement lexicale, via l'instauration de tout un vocabulaire froid et technique (flexibilité, restructuration, efficience, …) masquant la réalité des drames humains qui se jouent et qui seraient bien mieux traduits par des mots comme exclusion, exploitation, pauvreté, maladie ou suicide. Violence de la guerre évidemment, qu'on masque cette fois par un autre procédé de distanciation, le mythe des frappes chirurgicales ou celui de la lutte du bien contre le mal (la démocratie contre la dictature) entités mystiques déshumanisées. Quelle différence entre un pays qui se donne un mois pour en agresser un autre, et nos deux bourreaux blondinets qui se donnent 12 heures pour détruire une famille?

Que reste-t-il lorsque cette distanciation disparaît? Le spectacle de l'anéantissement froid, méthodique et amusé, d'une famille entière (chien compris). Si les actes de violence se passent hors champ, le réalisateur nous impose en revanche leurs effets au cours de longs plans séquence, dont celui, incroyable, consécutif au meurtre de l'enfant, au cours duquel la mère, ligotée, s'évertue à se remettre debout. Le tout avec le son insupportable de la télévision en fond, comme objet par excellence de manipulation.

Notons que ce qu'étudie Haneke dans son film n'est que la violence et son traitement. Aucune dimension sociale ou politique, d'où le choix de ne pas différencier bourreaux et victimes du point de vue de leur classe d'appartenance. On est donc très loin, de ce point de vue, d'un film comme "The Great Ecstasy of Robert Carmichael" de Thomas Clay, ayant lui aussi fait polémique à cause de son extrême violence (de la séquence finale notamment). Aucune dimension psychologique non plus, les êtres par qui la violence arrive sont là et ils tuent c'est tout, aucun indice quant à leur motivation n'est proposé.

 


Le troisième niveau de manipulation, peut-être le plus intéressant du film, est celui intrinsèquement lié au cinéma. Haneke nous rappelle sans cesse, qu'en tant que metteur en scène, il est le seul maître du jeu. Tout ce qu'il va nous présenter durant les 2 heures que dure le film est faux et nous devons en être conscients. Le point culminant de son approche est la scène de la télécommande au cours de laquelle, non satisfait de l'orientation que prend l'histoire (la mère parvient à tuer un des deux agresseurs), Haneke fait "rembobiner" le film à un de ses personnages pour repartir dans la direction choisie initialement. Ce qui nous est montré n'est en aucun cas une présentation objective des faits, mais une manipulation. Dans le même registre, les codes classiques du suspense sont systématiquement brisés après avoir fait semblant de les adopter. La séquence précédant le meurtre de la mère sur le voilier est de ce point de vue exemplaire. Alors que la caméra se concentre sur Naomie Watts essayant de défaire ses liens avec un couteau, dont Haneke nous a expliqué au début du film comment il s'est retrouvé là, le plan suivant nous montre les deux meurtriers qui se divertissent de ce spectacle avant de jeter négligemment le couteau à la mer. Là où un Hitchcock aurait fait durer le suspense par une succession de plans montés en parallèle (autre forme de manipulation), Haneke étouffe dans l'œuf toute possibilité pour le spectateur de se prendre au jeu. En nous ôtant cette possibilité de distraction (ici, focaliser notre attention sur le suspense) il nous force à nous interroger sur la représentation de la violence, froide, gratuite et sans origine.

Au final, "Funny games U.S." n'est peut-être qu'une immense manipulation.

Fred

 

par La Bifurcation publié dans : Cinéma communauté : Cinéma
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Mardi 15 avril 2008
Orson Welles terrifiant l'Amérique avec son adaptation de "La Guerre des Mondes" en 1938

 

Les attentats du 11 septembre 2001, hautement traumatisants et symboliques, ont été l'occasion de vérifier la puissance et le dynamisme des croyances collectives. La thèse de la sécularisation (dans son acceptation la plus radicale : rapport inversement proportionnel entre le niveau d'industrialisation d'une société et le développement de ses croyances), si souvent invoquée au début du 20ème siècle, semble donc contredite. La recherche des raisons pour lesquelles ce véritable "empire des croyances" demeure aussi vivace est un problème complexe qui ne sera pas développé dans ce texte. Il a en revanche été analysé en détail par Gérald Bronner (professeur à l'Université Marc Bloch de Strasbourg) dans ses ouvrages :

 

  • L'empire des croyances, Presses Universitaires de France (2003)
  • Vie et mort des croyances collectives, éditions Hermann (2006)


Beaucoup d'exemples et arguments avancés ici sont inspirés de ses travaux.


Deux exemples de légendes nées à l'occasion du 11 septembre sont intéressants à rappeler :
 

  • Le premier est connu comme "La figure du Diable". Certains ont vu dans ces attentats la marque de Satan, s'appuyant sur une photo sur laquelle la fumée générée par l'impact des avions fait penser à une figure diabolique (voir figure 1, ci-dessous).
  • Le deuxième exemple est celui des "Orphelins du 11 septembre". Cette légende, selon laquelle les attentats auraient fait plusieurs milliers d'orphelins[1], fut si vivace, qu'une fondation a été créée. Celle-ci récolta plusieurs millions de dollars et des milliers de proposition d'adoption. Bien entendu cette rumeur s'avéra fausse puisqu'il n'y eut en fait aucun orphelin à déplorer.

 



Ces deux exemples présentent l'avantage de mettre en évidence certains des mécanismes à l'œuvre dans le processus de croyance collective.


Dans le premier exemple, la forme sous laquelle les volutes de fumée s'organisent parait troublante lorsqu'on néglige dans l'analyse, l'influence de la taille de l'échantillon. En effet, si on considère les millions de photos prises juste après l'impact (plusieurs heures de vidéo cumulées, sous tous les angles imaginables), il est tout de suite moins surprenant que certaines évoquent (notre imagination aidant) des figures connues. La probabilité d'occurrence de l'évènement considéré est infime mais le nombre de fois où il est tenté est gigantesque. C'est le même mécanisme qu'exploitent les astrologues lorsqu'ils s'enorgueillissent d'avoir prévu tel ou tel évènement. Sur la somme considérable de prédictions faites par eux quotidiennement, il n'est pas étonnant que certaines tombent juste, surtout si celles-ci relèvent d'énoncés tellement vagues, qu'ils multiplient le nombre d'interprétations possibles, ce qui amplifie encore le phénomène. Comme l'aurait dit Voltaire : "Un astrologue ne saurait avoir le privilège de se tromper toujours".


Le deuxième exemple met en avant un autre mécanisme classique des croyances collectives. Il s'agit de conférer aux rumeurs l'apparence d'un raisonnement déductif rigoureux, peu importe les contre vérités ou les erreurs (volontaires ou non) dont elles sont émaillées. Ici, le raisonnement consistait à dire que la disparition de plusieurs milliers d'adultes actifs (donc de parents potentiels) entraîne l'apparition de milliers d'orphelins (vu le nombre moyen d'enfants d'un couple américain). Bien entendu, le succès que rencontra cette rumeur sur le "marché cognitif"
[2] a été amplifié par différents facteurs :

  • l'ambiance n'était pas au scepticisme (il aurait été malvenue d'émettre des doutes qu'on aurait pu interpréter comme une volonté de relativiser la dimension tragique de l'évènement) ;
  • la propagation de légendes urbaines (les déambulations de hordes d'orphelins en haillons dans les rues de New York) ;
  • l'intervention de personnalités crédibles pour relayer cette rumeur[3].

C'est ce même mécanisme de rationalité apparente du discours, qui opère dans la survivance de la rumeur selon laquelle la population asiatique du 13ème arrondissement de Paris ne déclare pas ses morts, afin de transmettre leurs papiers d'identité à de nouveaux "clandestins". La rumeur s'appuie sur un comparatif entre le taux de mortalité moyen de la population française et celui, bien inférieur, déclaré par la communauté asiatique. L'erreur ici, consiste à ne pas prendre en compte les différences sociologiques importantes entre les deux populations (notamment en terme d'âge moyen).


Conclusions sur la partie 1

Les légendes proposées dans cette première partie, ayant pour origine des mécanismes relativement bien compris et analysés, peuvent être combattues à peu près efficacement. De plus, hormis pour la légende de la communauté asiatique du 13ème arrondissement, qui comprend une dimension raciste évidente, leur expression ne véhicule pas de message idéologique. Tel n'est pas le cas d'une autre catégorie de légendes, nettement plus difficiles à combattre : les mythes conspirationnistes ou théories du complot. Nous essaierons de comprendre pourquoi dans la deuxième partie.



[1] 15000 selon le Times du 26 septembre 2001.

[2] Pour reprendre l'expression introduite par Bronner, lorsqu'il analyse les caractéristiques et les évolutions de l'empire des croyances sous l'angle d'un marché répondant à la loi de l'offre et de la demande (voir notamment "L'empire des croyances", PUF 2003).

[3] Hillary Clinton a elle-même évalué le nombre d'orphelins à 10000 sur la chaîne de radio NPR.

par La Bifurcation publié dans : société communauté : Politique Directe
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Dimanche 6 avril 2008

 


S’il existe des domaines de recherche promis à des découvertes fascinantes, ce sont les neurosciences. Parmi celles-ci, il en est une qui pourrait bouleverser l’ensemble de l’édifice scientifique : la science de la conscience.

En quelques épisodes, j’aimerai vous faire découvrir l’aspect sensationnel de cette science en vous contant quelques expériences particulières. Les résultats de ces expériences laissent imaginer le chemin qui reste à parcourir mais préfigurent aussi un changement paradigmatique dans la connaissance que nous avons de nous-mêmes...


Un peu de physique pour commencer doucement

La lumière met un peu plus de 1,25 seconde pour faire la distance terre – lune et un peu plus de 8 minutes pour la distance terre – soleil. En conséquence, il n’est pas étonnant de se dire que lorsque nous regardons ces astres, nous les voyons tels qu’ils étaient il y a 1 seconde (pour la lune) ou 8 minutes (pour le soleil). Cela n’est pas seulement vrai pour les objets astronomiques mais également pour tous les objets du quotidien qui nous entourent.

En effet, voir un objet consiste à recevoir les rayons lumineux qu’il émet (pour un objet lumineux par lui-même : ampoule, bougie allumée, soleil…) ou qu’il réfléchit (pour un objet nécessitant une source lumineuse : interrupteur, bougie éteinte, lune…). Que cela implique-t-il ? La réponse semble évidente :

Nous ne voyons jamais le monde tel qu’il est mais tel qu’il a été.


Parenthèse : Ce n’est pas notre propos mais ce premier point peut amener à réflexion. Pensez notamment que lorsque vous regardez un paysage, vous avez une représentation mentale instantanée d’arbres à l’horizon et de fleurs au premier plan qui ne coïncident pas exactement du point de vue temporel. On peut pousser à l’extrême sachant que le raisonnement vaut toujours pour un même objet… ou pour une même personne ! Placez-vous devant un miroir, choisissez une vue en pied, que voyez-vous réellement ? Sachant que les rayons lumineux provenant du bas sont plus longs que ceux provenant de face ?


Fort heureusement, la vitesse de la lumière est très grande, si grande qu’il n’y a pas d’incidences sur notre vie quotidienne et qu’il nous est difficile d’appréhender ce phénomène. Négligeons donc ce point et attardons nous sur la prise de conscience de ce que nous voyons.

 

Une première expérience subliminale

Nous connaissons tous le principe de l’image subliminale : une image aperçue trop brièvement pour que nous ayons conscience de l’avoir vue. On en connaît de nombreux exemples, par exemple celle contenue dans le générique du journal d’Antenne 2 lors de la période électorale de 1988, lorsque françois Mitterand a été réélu[1], voir figure 1.

Figure 1 : Capture d'image du générique du journal d'Antenne 2 (1988) dans lequel on perçoit la silhouette de François Mitterrand.
 

On a beaucoup dit sur ce type d’images et de nombreuses recherches s’effectuent encore pour savoir si elles peuvent réellement influencer l’observateur. Il y a cependant un fait certain : nous détectons ces images. Des expériences très simples ont été réalisées, en voici une particulièrement éloquente, déjà assez ancienne car réalisée en 1990/91 [L91]. On place une personne devant un écran et l’on projette sur cet écran un point lumineux (à gauche ou à droite) pendant un temps trop court pour que le sujet puisse en être conscient. On demande ensuite au sujet si le point projeté était à gauche ou à droite :
« Un point ? Quel point ? Je n’ai rien vu.

- Ce n’est pas grave, répondez au hasard ».
Le sujet choisit « gauche » ou « droite » et répond correctement… dans 90% des cas ! Cela prouve d’une manière très simple que le sujet a détecté le signal sans en être conscient. Ainsi :

Il existe une différence fondamentale entre ‘détecter’ et ‘être conscient d’avoir détecté’.

Sceptique ? Une autre expérience

Les personnes aveugles le sont principalement à la suite de lésions au niveau des organes visuels. Mais certaines personnes souffrent de troubles visuels suite à une lésion au niveau des parties cervicales gérant ces organes visuels. En définitive, l’œil voit, l’information est transmise au cerveau mais ce dernier n’est pas capable de traiter l’information. Ces troubles sont souvent localisées dans une petite partie des aires visuelles du cerveau entraînant une vue partielle, c'est-à-dire que la personne ne ‘voit’ pas ce qui apparaît dans certaines régions bien définies de son champ visuel. Et bien, si l’on répète l’expérience précédente en affichant les points en dehors de leur champ visuel ‘conscient’ (mais dans le champ visuel ordinaire), ils donneront également des réponses exactes tout en étant persuadés de répondre au hasard ! [PHF73]. En conséquence :

La détection d’un phénomène n’implique pas la conscience de ce phénomène.

Où cela nous mène-t-il … ?

Nous venons de montrer par le compte-rendu des expériences précédentes que nous n’avons pas conscience de toute la réalité. Il nous arrive de détecter des choses sans en avoir conscience. Ce point prendra toute son importance lors des prochains épisodes.

Pour ce qui concerne la conscience temporelle des objets matériels qui nous entourent, le problème est soulevé. Basé sur le sens de la vision, le problème peut s’étendre à celui du toucher ; même si le contact avec le peau ne souffre pas d’un agent de transmission (telles que les ondes lumineuses pour la vision), il faut malgré tout un certain délai pour que l’information parvienne aux régions du cerveau qui vont devoir traiter cette information. Et donc un certain délai pour prendre conscience de l’objet que je saisis dans ma main. Pendant ce délai, si court soit-il, l’objet peut avoir bougé et j’aurai donc pris conscience d’un objet qui n’est plus !

… au prochain épisode

Qu’est ce que détecter ? Prendre conscience d’avoir détecté ? Prendre conscience de quoi ? Nous verrons que des expériences menées pour répondre à ces questions, loin d’apporter des réponses, soulèvent des points fondamentalement encore plus intrigants...

Références

[L91] B. Libet et al, « Control of the transition from sensory detection to sensory awareness in man by the duration of a thalamic stimulus », Brain (1991), vol. 114, p. 1731-1757

[PHF73] E. Poppel, R. Held, D. Frost, « Residual visual fonction after brain wounds involving the central visual pathways in man », Nature, n°243 (1973), p. 295-296

[S07] J. Staune, « Notre existence a-t-elle un sens ? », Presses de la Renaissance, Paris (2007).


Denis

[1] Le journal « Le quotidien de Paris » a intenté un procès pour manipulation électorale, perdu pour la raison que l’image durait plus d’un vingt-cinquième de seconde, qui était la durée maximale pour qualifier une image de ‘subliminale’.
par La Bifurcation publié dans : Sciences communauté : Science
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Dimanche 30 mars 2008

Une manifestation est organisée samedi 5 avril à Paris (départ 14h30 de Place d'Italie), à l'appel du Collectif Uni(e)s contre l'immigration jetable, du Réseau éducation sans frontières et de Collectifs de sans papiers, pour rejeter la politique de harcèlement et de chasse aux étrangers menée actuellement par l'Etat français. Celle-ci, sous couvert d'un pragmatisme économique détestable (notion "d'immigration choisie"), exacerbe en toute connaissance de cause, les orientations racistes, tellement pratiques pour l'accès au pouvoir!


En prime une interview d'Alain Badiou, à l'occasion de la sortie de son livre "De quoi Sarkozy est-il le nom?" qui nous rappelle que les orientations politiques actuelles du pouvoir ne sont en aucun cas une fatalité!



Fred
par La Bifurcation publié dans : société communauté : Politique Directe
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Lundi 17 mars 2008

undefined"Plus les tirs de roquettes Kassam s'intensifieront, plus les roquettes augmenteront de portée, plus la shoah à laquelle ils s'exposeront sera importante, parce que nous emploierons toute notre puissance pour nous défendre", a dit Vilnaï, adjoint du ministre de la Défense Ehud Barak à la radio de l'armée israélienne".

On peut discuter sur l'usage du terme "shoah", le terme est utilisé par l'adjoint du ministre israélien de la Défense. Est-ce un simple hasard ? Qu'importe !
 
La politique israélienne s'inscrit dans une volonté d'un Etat juif ethniquement pur ce qui implique la destruction de la Palestine ; les actions à répétitions contre Gaza le montrent suffisamment. On comprend alors combien le retrait israélien de Gaza relevait moins d'une quelconque volonté de paix que de la volonté de mieux contrôler un territoire quitte à le détruire si nécessaire, que ce soit par l'action armée ou que ce soit par un blocus destiné à réduire la population en lui ôtant ses moyens d'existence.
 
Le sionisme a conduit l'Etat d'Israël à une militarisation extrême et à une guerre permanente contre les Palestiniens chassés de leur terre et soumis à une occupation destructrice. La "seule démocratie du Moyen-Orient", comme ses amis se complaisent à la dire, est une démocratie sélective, réservée aux seuls juifs ; cette démocratie ne peut exister que par la lutte contre ses ennemis et l'unité israélienne se construit sur la destruction de la Palestine. En cela le projet d'un havre de paix pour les juifs proposé par les Pères fondateurs a échoué pour se transformer en un Etat guerrier qui ne vit que par le destruction de ceux dont il a conquis la terre.
 
Partie du monde occidental dont il représente le bastion avancé au Moyen Orient, Israël sait qu'il peut compter sur les pays occidentaux (USA et UE) pour mener sa politique, ce qui lui permet de violer le droit international en toute impunité. D'autres Etat seraient soumis à des sanctions, mais il semble interdit que la moindre sanction soit prise à l'encontre d'Israël ; d'une part un monde occidental qui porte une part de responsabilité dans l'antisémitisme et ses conséquences meurtrières et s'appuie sur une culpabilité quelque peu indécente pour refuser toute sanction contre l'Etat dit juif, d'autre part des raisons géopolitiques conduisent les Etats occidentaux à soutenir leur bastion avancé.
 
Le Salon du Livre de Paris a ouvert ses portes avec un invité d'honneur : l'Etat d'Israël qui fête son soixantième anniversaire. On oublie facilement que c'est aussi le soixantième anniversaire de la Naqba, la destruction de la société palestinienne et l'expulsion d'une grande partie de la population, on oublie facilement que la création de l'Etat d'Israël s'accompagne d'un déni de justice envers la population de la Palestine.
Cette invitation est déjà un premier scandale, mais le fait qu'elle ait lieu au moment où l'Etat d'Israël ajoute au blocus qu'il impose à la population de Gaza des attaques meurtrières contre cette population, au moment aussi où un représentant officiel israélien se permet de parler de Shoah des Palestiniens, on ne peut que comparer le Salon du Livre aux Jeux Olympiques de Berlin de 1936 qui marquait une acceptation, sinon une reconnaissance, du nazisme par les démocraties qui y envoyaient leurs athlètes. Une différence cependant, tout en participant au grand spectacle mis en place par les nazis, les démocraties savaient que l'Allemagne nazie était un ennemi, alors que ceux qui invitent l'Etat d'Israël à Paris considèrent cet Etat comme un ami.
Condamner Israël passe au yeux de certains comme une forme d'antisémitisme. Peut-on condamner les enfants de la Shoah ? On peut alors répondre que les responsables des agissements guerriers israéliens ne peuvent prétendre au titre d'enfants de la Shoah lorsqu'ils comparent eux-mêmes leurs actes à ceux des nazis, lorsqu'ils pratiquent une politique de destruction d'un peuple. On peut aussi ajouter que cette judéophilie qui consiste à soutenir la politique d'un Etat que l'on appelle juif est tout aussi suspecte que les diverses formes de judéophobie, qu'elle est essentiellement un prétexte qui masque des intérêts géopolitiques.
 
Une politique de sanctions contre cet Etat guerrier est aujourd'hui nécessaire si on veut mettre fin à la destruction de la société palestinienne, au rétablissement du droit et de la paix dans cette région, politique qui comprendrait un boycott des relations économiques, politiques et culturelles. Et que l'on arrête de se référer à la lutte contre l'antisémitisme pour protéger l'Etat d'Israël. Comme si, dans les années trente du siècle dernier, on s'était référé aux ravages qui se sont produits en Allemagne pendant la guerre de Trente Ans ou les guerres napoléoniennes pour défendre le nazisme.

Rudolf Bkouche,
Vice Président de l'Union juive française pour la paix (
UJFP),
transmis par Jean-Louis

par La Bifurcation publié dans : société communauté : Politique Directe
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Vendredi 7 mars 2008

Poudre-aux-yeux.JPG

Après les incursions répétées sur le terrain de la religion et de sa place dans la société (discours de Latran le 20 décembre 2007, discours de Riyad le 14 janvier 2008 et discours devant le CRIF le 13 février 2008), une proposition supposée pérenniser le devoir de mémoire sur l'holocauste (discours devant le CRIF encore), cette fois-ci c'est sur le problème des sectes que le pouvoir en place souhaite positionner le débat. Le tout en moins de deux mois. En plus c'est Emmanuelle Mignon, la "grosse tête" des conseillers de l'ombre du président (voir à ce sujet l'article très détaillé de Joseph Confavreux et Jade Lindgaard dans le numéro de Mouvements de novembre 2007 consacré à la New Droite) qui s'y colle. Bien entendu cette succession d'interventions provocatrices, très médiatiques et très médiatisées, traduit en partie l'idéologie du clan au pouvoir. Elles doivent donc, en tant que telles, être décortiquées, analysées et fermement critiquées et combattues puisqu'elles proposent une conception réactionnaire et dangereuse de la société, visant à mettre sur un pied d'égalité approche "spiritualiste" et approche rationaliste du monde. Cette opposition est au cœur des propos sur la laïcité et sur les sectes, mais concerne également la proposition de faire adopter par chaque élève de CM2 un enfant juif exécuté dans les camps de concentration. Il s'agit bien en effet de repousser le plus loin possible tout travail d'analyse historique rigoureux (et d'occulter la somme considérable de travaux effectués sur le sujet) au profit d'une approche basée uniquement sur le "brouillard des sentiments" comme le nomme Henri Pena-Ruiz dans son article publié dans Le Monde du 19 février 2008. La plus haute vigilance sur ces questions reste donc de mise.

 
Il serait cependant illusoire de considérer que là est le seul objectif de ces déclarations, mûrement réfléchies et dispensées avec la régularité d'un métronome. L'objectif principal est de faire diversion, de s'offrir à peu de frais des débats de société qui doivent permettre d'en masquer un plus embarrassant et surtout plus urgent, celui de la casse sociale initiée il y a plusieurs années (au moins depuis 2002 et l'ère Raffarin) et qui continue invariablement à s'accélérer. Deux exemples sont caractéristiques de la régression en cours : la réforme des retraites et l'instauration de franchises médicales. Dans les deux cas il s'agit de rompre avec un système datant d'après guerre et fondé, sur une solidarité intergénérationnelle dans le cas des retraites (les actifs financent les pensions des retraités) et sur une solidarité "interclasses" dans le cas de l'assurance maladie (chacun paie en fonction de ses moyens et reçoit en fonction de ses besoins). Les difficultés éprouvées pour contrer la dynamique en cours ont principalement deux origines :
 
  • L'appel au traditionnel "bon sens populaire" : l'espérance de vie augmente régulièrement, le ratio nombre de retraités / nombre d'actifs ainsi que les dépenses de santé augmentent en conséquence, il faut donc travailler plus longtemps et payer une part grandissante de ses soins, CQFD.
  • La justification officielle des réformes en cours (d'un cynisme exemplaire) : il s'agit de tout faire pour sauver les systèmes de financement actuels des retraites et de la santé auxquels les Français sont si attachés.
 
Combattre cet argumentaire demande un travail de pédagogie important et difficile, que la gauche a laissé aux mains des seuls syndicats, bien trop faibles en France pour pouvoir supporter cette charge[1]. En effet les réformes en cours touchent à un véritable choix de société (et donc à une question éminemment politique) et ne doivent pas se limiter au simple débat technique dans lequel on tente de les enfermer. La question est de savoir si oui ou non nous souhaitons que la société dans laquelle nous vivons prenne en charge ses membres les plus fragiles : les vieux et les malades. Si la réponse est oui, alors on met en face le système de financement approprié, ce qui passe inévitablement par la question de la répartition des richesses générées chaque année dans la société. Il s'agit d'inverser la tendance de ces 20 dernières années qui consiste à faire supporter une part croissante des dépenses sociales au travail au profit du capital. Cette tendance est illustrée par l'histogramme ci-dessous (tiré du livre de Michel Husson "Les casseurs de l'Etat social", éditions La Découverte) présentant l'évolution de la répartition entre salaire (direct ou non) et profit (réinvesti ou distribué sous forme de revenus financiers), de la valeur ajoutée des entreprises en France entre 1982 et 2002. La tendance est nette : la part des salaires a reculé de 8 points pendant que celle des profits (transformés en dividendes) a augmenté d'autant[2]. L'auteur montre qu'inverser cette tendance permettrait de maintenir le financement des retraites et de la sécurité sociale à son niveau actuel. A l'heure du parler "sans tabou" et de la "rupture", c'est bien à ce niveau là qu'il faut maintenir le débat.  


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Evolution de la répartition de la valeur ajoutée des entreprises en France entre 1982 et 2002, d'après "Les casseurs de l'état social" de M. Husson, éditions La Découverte (2003)
 
La période de régression sociale à laquelle on assiste actuellement n'est pas inéluctable, seulement elle est rendue plus difficile à combattre du fait des multiples foyers qu'allument Sarkozy et ses troupes et dont le but est de noyer la gauche dans une multitude de luttes. Religion, génétique, justice, culture, tous les thèmes éternels des luttes progressistes y passent. Ces thèmes de combat ne doivent cependant pas être l'écran de fumée derrière lequel s'opère la destruction de notre système social.
 

Fred

 

[1] On a vu par exemple, lors des grèves cheminotes de novembre 2007, que seul SUD Rail s'est engagé sur ce terrain en s'efforçant de démontrer que l'objectif de la réforme des retraites est bien de passer d'un système de financement par répartition à un système de financement par capitalisation, les autres Organisations Syndicales se contentant du discours de défense des acquis sociaux, voué à l'échec vu la politique de division pratiquée par les gouvernements successifs : réforme Balladur de 1993 pour le secteur privé, réforme Fillon de 2003 pour le secteur public et enfin réforme Bertrand de 2007 pour les régimes spéciaux.
[2] Michel Rocard lui-même, qu'on ne peut pas taxer de sympathie anti-capitaliste excessive, évoque dans Le Monde du 5 mars 2008, une baisse de 10% de la part des salaires (directs et indirects) dans le PIB du pays ces 30 dernières années.
par La Bifurcation publié dans : société communauté : Politique Directe
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Jeudi 28 février 2008
La Bifurcation s’est rendue au Havanita café à Bastille où l’artiste expose jusqu’au 8 mars. Vous y rencontrerez notamment Miryam Makeba, Che Guevara ainsi que Sacco et Vanzetti sous le regard douloureux de Joan Baez.
Boutadjine reconstruit un monde fragmenté pour nous offrir portraits et situations, images de notre inconscient collectif peuplé d’espoirs et de défaites.


Pour ceux qui ne connaissent pas encore ses œuvres une visite de sa galerie virtuelle s'impose : 

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Havanita café,

11 rue Lappe, M° Bastille

Mad
par La Bifurcation publié dans : Pote à Pote
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Vendredi 8 février 2008
La vidéo ci-dessous, permet d'apprécier une fois de plus, la pédagogie et la clarté des analyses de Noam Chomsky. Il part du rôle théorique que doivent jouer les médias (mais aussi les intellectuels, l'école et l'université) dans nos sociétés : être un outil qui, en exerçant un contrôle du processus politique, doit permettre de garantir la démocratie. Cette vision a rapidement été balayée par une deuxième, faisant suite aux principes des révolutions bourgeoises (anglaises et françaises entre autres) stipulant que le processus démocratique rendait le peuple "curieux et arrogant". Il va donc s'agir de le contrôler, les médias vont ainsi devenir un outil de "fabrication du consentement". Que ce nouveau rôle résulte uniquement d'une volonté consciente des classes au pouvoir, ou du mode de fonctionnement des grands groupes de presse, gérés comme des entreprises, ne change rien, le résultat est là.
Cette courte vidéo est plus que jamais d'actualité. Notons au passage cette formule fondamentale : "la rationnalité appartient aux neutres". Tout est résumé : le culte de la négociation (brandi à chaque début de grève), la ringardisation d'avoir des positions politique marquées (pourquoi toujours qualifier la vraie pensée de gauche d'extrême?), la fin de l'affrontement des idées. Les médias (de masse) veillent donc toujours à ce qu'on ne devienne jamais trop curieux, ni arrogants!


Katzen Weib & Fred

 

par La Bifurcation publié dans : société communauté : Politique Directe
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Vendredi 1 février 2008

bas-fonds3.gifUne horde d'individus, anonymes, épuisés, portant leur tête un peu trop bas, traverse la scène en affrontant les intempéries, semblant fuir quelque chose. S'agit-il de clandestins, de marginaux, de SDF? La vie à la surface (la vie "réelle"?) étant devenue insupportable pour eux, ils vont commencer une lente descente vers les sous-sols, là où se retrouvent ceux que la société exclut.
C'est ainsi que débute "Sous-Sols", pièce créée par la compagnie La Licorne et jouée actuellement au Théâtre Paris Villette, dans le cadre de la manifestation Théâtre de la marionnette à Paris. La première étape de cette descente les mène dans l'atelier clandestin de Vassilissa, royaume de l'esclavagisme. Leur révolte les conduit à ce choix : plus jamais ils ne remonteront à la surface! Une nouvelle vie débute alors pour cette micro-société, au milieu d'insectes géants et de volatiles squelettiques. Cette vie est dure, bien sûr, se nourrir, boire, le risque de s'enraciner ... mais là au moins, aucun regard ne les juge.

Cette pièce, librement inspirée des "Bas-Fonds" de Gorki, est un plaisir visuel de tous les instants. Très peu de dialogues, la gestuelle des comédiens (tantôt masqués, tantôt grimés) occupant tout l'espace de cet univers mécanique, permet une narration pleine de poésie. Un sens de l'humour, toujours un rien décalé, traverse la pièce d'un bout à l'autre. Avec un univers visuel tout à fait particulier, on retrouve une ambiance qui nous rappelle par moment, ce que le néoréalisme a fait de meilleur.

Fred



Les têtes et les visages n'ont plus de sens dans ce monde enfoui dans les profondeurs de l'oubli. Un masque mouvant comme seule image pour l'autre monde, un visage emprunté faisant de sa tête le marionnettiste malgré soi.
Comment évoluer dans les bas-fonds, si ce n'est pour descendre encore plus bas, encore plus loin, alors que le visage emprunté s'installe à jamais et que sa propre tête devient le lourd fardeau à porter (illusion magnifique de la dernière scène)?
Une pièce d'une grande esthétique, truffée d'humour et de créativité, tant dans le jeu impressionnant, chorégraphié des acteurs, que dans le décor avec l'utilisation de dispositifs mécaniques d'une grande originalité.

Mad


Petites infos pratiques :
"Sous-Sols" est jouée actuellement au théâtre Paris Villette jusqu'au 9 février. Ensuite une tournée est prévue (dont le Off Avignon 2008), vous trouverez toutes les dates sur le site de la compagnie La Licorne.

par La Bifurcation publié dans : Théâtre communauté : theatre à paris
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Jeudi 24 janvier 2008

Actrices.jpgDans "Actrices", son deuxième long métrage après "Il est plus facile pour un chameau", sorti en 2002, Valeria Bruni Tedeschi incarne Marcelline, une comédienne retenue pour interpréter au théâtre, Natalia Petrovna, personnage principal de la pièce de Tourgueniev "Un dimanche à la campagne". Les premiers plans du film (erreur d'appartement lors de la livraison d'un piano sur l'île Saint-Louis à Paris) posent le décor : Marcelline est riche et la période de sa vie qui va nous être montrée sera une succession de "loupés". Comment pourrait-il en être autrement pour cette femme de 40 ans, célibataire et sans enfant, qui ne semble faire que des intrusions occasionnelles dans la réalité ? En effet, Marcelline parle avec les morts, que se soit son père ou son premier amour lors de très belles scènes directement inspirées des séquences similaires de "Roi et Reine" d'Arnaud Desplechin, similitudes renforcées par la présence de Maurice Garrel. Marcelline a également une fâcheuse tendance à confondre fiction théâtrale et réalité de sa propre vie. Pourquoi ne pas tomber amoureuse d'Eric (interprété par Louis Garrel), puisqu'il en est ainsi dans la pièce? Seul artifice restant à Valeria Bruni Tedeschi pour ramener Marcelline à sa condition de personnage "réel" : matérialiser Natalia Petrovna pour paradoxalement, lui conférer à tout jamais un statut fictif. Reste alors à notre héroïne à surnager (au propre comme au figuré, dans une piscine ou dans la Seine) pour ne pas se noyer dans la fiction. La dernière scène du film revêt donc à ce propos une importance toute symbolique.

Autour de Marcelline gravite le petit monde du théâtre, l'occasion pour la réalisatrice de démontrer tout son sens de la comédie, déjà remarqué dans son premier long métrage. La caricature du metteur en scène torturé (incarné par Mathieu Amalric), s'évertuant à gommer toute forme de psychologie au profit d'une confrontation des corps, fidèle en cela aux préceptes de Sartre, est particulièrement jouissive.

actrices2.jpg

Bien sûr "Actrices" n'est pas un "grand film". Bien sûr, on pourra lui reprocher son côté "parisianiste". Il n'empêche qu'il constitue une preuve supplémentaire du dynamisme et de la créativité du cinéma français, mis en avant par Jean Douchet depuis 3 ans tous les lundis soirs à la Cinémathèque. Or cette vitalité, qui lui permet de rester un des meilleurs cinémas au monde, et par voie de conséquence, à faire du public français un des plus cinéphiles de la planète, est le résultat du système de financement actuel des films. Celui-ci est fondamentalement égalitaire, puisque l'essentiel des moyens financiers alloués à la production cinématographique provient des taxes d'exploitation des films en salle et en vidéo ainsi que des recettes des chaînes de télévision[1]. L'ensemble de ces ressources est ensuite redistribué par le Centre National de la Cinématographie (CNC). En résumé les productions riches, représentant quasiment systématiquement un cinéma de pur divertissement, financent le cinéma conçu comme expression artistique. C'est ce qu'on appelle l'exception culturelle qui date d'après guerre[2], et qui résulte de la volonté de concurrencer la puissance de frappe d'Hollywood.

C'est ce système solidaire qui est menacé aujourd'hui, tout comme celui du financement des intermittents du spectacle hier. Ce que le gouvernement entend par démocratisation de la culture, c'est "veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public", comme le rappelle Cédric Klapisch dans sa lettre ouverte à Sarkozy[3]. Un des indicateurs fixés à la ministre de la culture (et de la communication) est la "part de marché des films français en France[4]". Cette incursion dans le champ lexical du monde industriel et financier est révélatrice de la volonté de soumettre entièrement l'expression artistique aux règles du marché, et de ne juger sa vitalité qu'en fonction de son rayonnement sur ce marché. Cette logique libérale va inévitablement mener à un nivellement par le bas, de la qualité de la production cinématographique, comme cela a été le cas dans d'autres domaines (financement des retraites, assurance maladie, …). Quoi de plus facile en effet que d'accroître cette fameuse part de marché des films français : il suffit de sortir un "Visiteurs 12" ou un "Astérix au pays des Soviets" tous les ans. En revanche comment pourront encore émerger des Arnaud Desplechin, des Xavier Beauvois ou des François Ozon, et avant eux des Resnais, des Chabrol ou des Rohmer? Le milieu des cinéastes a raison de se défendre contre cette attaque en règle (cf. le discours de Pascale Ferran lors des derniers Césars), et espérons qu'il résistera mieux que ne l'ont fait les cheminots!

Fred

[1] Tous les détails sont présentés ici.
[2] Tout comme la sécurité sociale, dont les principes de base sont en tout point similaires : on cotise en fonction de ses moyens et on reçoit en fonction de ses besoins.
[3] Le Monde du 6 novembre 2007.
[4] Le Monde du 13 janvier 2008
par La Bifurcation publié dans : Cinéma communauté : Cinéma
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