Le dernier film d'Aki Kaurismaki aborde la question de l'immigration clandestine et de la traque des sans papiers. Le traitement formel particulier qui est proposé par le réalisateur
lui permet, à partir de la confrontation temporelle d'une France contemporaine et d'une France des années 40-50 telle que la perçoit l'imaginaire collectif (et donc forcément idéalisée), de
réfléchir sur les conséquences de la perte progressive de solidarité dans la société moderne.
Marcel Marx est cireur de chaussures au Havre, de nos jours. Sa vie s'écoule, monotone, rythmée par l'arrivée des trains de
Paris, jusqu'au jour où il assiste à l'arrestation de migrants africains cachés dans un conteneur à destination de l'Angleterre. Seul un jeune garçon, Idrissa, parvient à s'enfuir. C'est sa
traque par la police et les efforts de Marcel pour la rendre caduque, que va nous raconter Kaurismaki, sur le ton du conte. Ce choix formel, allié à une distanciation forte, notamment dans la
façon dont s'exprime Marcel (un français impeccable, solennel et théâtral) permet d'éviter le piège du pathos.
L'univers dans lequel évoluent les différents protagonistes présente le charme désuet d'une France du passé telle que le
cinéma nous l'a maintes fois montrée. Marcel habite avec sa femme Arletty et sa chienne Laika (comme une référence à un passé où le communisme mis en oeuvre en URSS faisait encore rêver la classe
ouvrière), un quartier populaire du Havre, dans une petite bicoque chichement meublée. Au coin de la rue, on trouve les petits commerces, qui n'ont pas changé depuis l'après guerre ainsi qu'un
bistrot au zinc duquel on vient boire le traditionnel petit blanc de fin de journée. L'harmonie de cet univers va être mis à l'épreuve par le surgissement brutal du présent. Celui-ci revêt la
forme d'une police nationale traquant les sans papiers et du champ médiatique relayant cet évènement. Dans les deux cas en effet, ces intrusions sont présentées comme résolument modernes
(attirail des CRS lors de l'arrestation des migrants, canard local qui évoque un lien entre ces migrants et Al-Qaida, reportage télé sur le démantèlement de la jungle de Calais). Ces intrusions
coincident avec le déclenchement d'une maladie incurable chez Arletty, comme métaphore du cancer qui ronge la société moderne.

Marcel va dès lors s'efforcer, de manière naturelle et sans motivation idéologique particulière, de permettre à Idrissa de
réaliser son rêve, atteindre Londres pour retrouver sa mère. Il aura pour cela besoin de l'aide de son entourage : la boulangère, l'épicier, la tenancière du bistrot et ses piliers, même le
rockeur des années soixantes Little Bob mettra la main à la pâte en donnant un concert de soutien permettant de rassembler les fonds nécessaire au transport clandestin du jeune garçon. La
solution que propose Kaurismaki pour régler une situation aberrante et injuste (l'acharnement politico-médiatique envers les plus faibles), est collective. En cela, son cinéma se situe évidemment
plus du côté de celui d'un Ken Loach ("Looking for Eric" constitue un cas d'école de solution collective) que de celui d'un Clint Eastwood, pour qui la solution ne peut être qu'individuelle et
expiatoire (voir "Gran Torino").
Bien entendu, le passé de la France, fut-il idéalisé, comporte ses zones d'ombres, et Kaurismaki ne les ignore pas. Elles
apparaissent sous les traits de Jean-Pierre Léaud en voisin délateur, figure d'une France qui collabore.
Au final, une happy end ou presque, puisqu'Idrissa parviendra à fuir vers l'Angleterre (mais que sera alors sa vie de
clandestin là-bas?) et Arletty guérit. Il suffit donc de peu de chose pour que la société guérisse du cancer contemporain qui la ronge : une conscience de l'injustice (aucun des protagoniste du
film n'est un activiste), un minimum d'entraide et, condition nécessaire, un peu d'aide de l'intérieur, incarnée par le flic "du passé" que joue Jean-Pierre Daroussin.
Fred
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Pour gagner en 2012, l'UMP a besoin d'un report intégral des voix du FN. La vieille stratégie qui consiste à désigner l'étranger comme bouc émissaire, mise en oeuvre de manière régulière
par la droite, est donc réactivée à grand renfort de déclarations et de textes de lois. Après les rafles de sans papiers, les envolées sur le droit de vote des étrangers aux élections locales, la
dernière en date est la circulaire du 31 mai 2011 ciblant cette fois les étudiants étrangers. Celle-ci restreint leurs possibilités de passer du statut d'étudiant à celui de salarié, pour pouvoir
exercer leur premier emploi dans le pays dans lequel ils ont été formés. Pure propagande visant à séduire l'électorat raciste de France, cette énième provocation gouvernementale, méprisable
moralement, contre productive économiquement (voir la
La séquence qui ouvre le dernier film de Mike Leigh est éprouvante. Le spectateur est mis face à une patiente filmée en gros plan, qui, de par
son incapacité à dire sa détresse, parvient à l'exprimer de manière encore plus évidente. On ne reverra plus ce personnage, incarné par Imelda Staunton (une familière de l'univers de Mike Leigh,
l'avorteuse clandestine "Vera Drake" par exemple), dans la suite du film. Celui-ci va alors se concentrer, sur un ton en apparence plus léger, sur Gerry, la psychologue qui l'écoute, et sur sa
petite famille, incarnation de la petite bourgeoisie londonienne. La séquence d'ouverture n'aura-t-elle été qu'une fausse piste?
"Hamelin" de Juan Mayorga par
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"Le bal de Kafka" de Timothy Daly par Mad.
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pour creuser ma tombe" de Rodrigo Garcia par Mad.
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