Sursaut démocratique? par Fred
Il parait qu'il y a eu un sursaut démocratique en France lors des dernières élections... En effet, les chiffres sont implacables : il y a presque 8 millions d'électeurs supplémentaires pour la présidentielle 2007 que pour celle de 2002, soit une augmentation de plus de 25% (à pondérer toutefois par l'évolution, entre ces deux dates, du nombre d'individus pouvant légalement voter, mais ça ne doit pas changer grand chose). Doit-on s'en réjouir? Si en plus on nous dit que les "extrêmes" reculent il n'y a plus à hésiter, on applaudit des deux mains!
Premier point, pourquoi parler toujours des extrêmes? L'objectif de ce regroupement, pour celui qui en est l'auteur, est bien entendu de distinguer 2 blocs : un qui serait modéré, consensuel, rassurant, l'autre qui serait excessif, extrémiste, dangereux, peu importe qu'il soit de droite ou de gauche. Or il y en a bien deux extrêmes il me semble, et on ne peut pas dire que les idées défendues dans les deux cas soient très proches. On retrouve le classique "communiste = fasciste", comme si on pouvait mettre sur un même plan résistant et collabo, porteur de valise et militant de l'OAS, républicain espagnol et milicien franquiste. Cet amalgame, qui est un non sens manifeste, et qui trouve son origine dans une haine viscérale de toute pensée de gauche, a pour unique objectif la défense forcenée du système de production actuel. Or, parmi les deux extrêmes cités précédemment, il n'y en a bien qu'un seul qui propose de réellement changer ce système de production alors pourquoi les réunir?
Deuxième point, les Français ont retrouvé le chemin des urnes. Ce constat doit être pondéré par trois observations importantes.
Premièrement, lors de ces élections nous sommes définitivement rentrés dans l'ère de la politique people. Cela fait deux ans que les médias de masse nous proposent un roman feuilleton, un reality show. Le match tant annoncé entre Royal et Sarkozy ne pouvait qu'avoir lieu. Les Français se sont précipités pour voter, comme les badauds se précipitaient jadis pour expulser Steevy ou Loana du Loft! Le taux de participation record s'est donc accompagné d'un nivellement par le (très) bas du débat de société. Quand a-t-on sérieusement débattu de la place que nous souhaitons donner au travail dans notre vie, de la volonté de soumettre les services publics à la logique de marchandisation, d'un mode de financement des retraites autre que le modèle unique proposé, des conséquences de l'aliénation de toute la politique à la sacro-sainte croissance?
Deuxième remarque, les résultats du premier tour sont l'expression accablante de la volonté du plus grand nombre de ne surtout ... rien changer! On observe en effet sur l’histogramme ci-dessus, une augmentation de plus de 100% du nombre d’électeurs du PS, de l’UMP et de l’UDF (ce dernier parti atteignant même 250%) entre 2002 et 2007. Ils ont obtenu à eux seuls plus de 75% des voix. Or c’est bien ce trio qui se partage le pouvoir depuis plus de 25 ans avec une certaine cohérence dans l’action politique : alternance d’accompagnement ou de d’encouragement de la vague ultralibérale. Les Français ont donc choisi : on poursuit dans cette voie en passant à la vitesse supérieure !
Dernier point, comment se réjouir du recul du FN quand le raz de marée de l’UMP est directement lié à l’appropriation par Sarkozy des thèses chères à l’extrême droite (création d’un ministère de l’identité nationale, stigmatisation du système judiciaire jugé trop laxiste, volonté d’embraser les banlieues, réhabilitation de la religion via la remise en cause de la loi de 1905, négation de l’individu via l’instauration de peines plancher, ...) ?
Finissons par une note d'espoir avec les paroles du vieux Léo :
"Dans une France socialiste,
Je mettrai ces fumiers debout,
A fumer le scrutin de liste,
Jusqu’au mégot de mon dégoût !
Ils ont voté... et puis après ?"