Entre-temps j’ai continué à vivre de Jacques Hadjaje par Fred

Publié le par La Bifurcation

Mise en scène de Gérard Audax et Jacques Hadjaje
Compagnie : Clin d'Oeil

affiche-entre-temps-copie-1.JPGUne grande structure métallique occupe la majeure partie de la scène. C’est autour de ce pôle d’attraction que vont se succéder tout au long de la pièce, lors de multiples saynètes, les habitants d’une ancienne cité minière.

Plus que des profils psychologiques, Hadjaje nous donne à analyser des situations, dont l’intérêt naît du décalage qui s’est progressivement creusé entre les protagonistes. Qu’il s’agisse de frères et sœurs après l’enterrement de la mère ou d’un entrepreneur nouveau riche retrouvant un ancien ami devenu manutentionnaire, une incompréhension réciproque devient palpable. Le décalage est d’autant plus important qu’il concerne des personnages qui ont pu fuir après la fermeture de la "Marie Christine", la dernière mine du coin.

Ainsi ces deux amies d’enfance dont l’une est partie pour faire ses études, n’ont-elles plus grand-chose à se dire et rapidement les frustrations rejaillissent. La même incompréhension, teintée en plus d’un complexe d’infériorité paranoïaque, marque les retrouvailles de la journaliste avec sa sœur. Entre temps, bien sûr, celles qui sont restées ont continué à vivre. Incompréhensions et décalages ne naissent pas uniquement du départ, mais aussi d’un changement d’époque. Ce point est abordé dans une scène magnifique où une jeune fille, serveuse dans un bar de bord de nationale, dévoile à son père, allongé sur la structure métallique, la fatale tristesse de sa vie sentimentale. On découvre rapidement que le père est mort, tout comme le temps de l’activité minière à laquelle il participait et symbolisée par cette grande carcasse métallique sans vie.

Tout en finesse, l’auteur et le metteur en scène mettent en situation des gens pris au piège de leur condition sociale, qui sont à l’opposé de personnages tragiques de théâtre classique. Voir notamment le très beau jeu de lumière lorsque la jeune fille évoque avec sa copine les drames qui se déroulaient jadis dans l’ancienne maison où elle a vécu. Son ombre projetée sur le sol la présente tel un insecte prisonnier d’une toile d’araignée. Etant nés dans un bassin minier, leur condition est évidemment un petit peu plus difficile qu’ailleurs…

undefinedCette pièce m’a beaucoup fait penser à Cet enfant de Joël Pommerat présenté cette année au théâtre des Bouffes du Nord, de par la construction similaire bien sûr (succession de saynètes), mais également par les profils des personnages et les situations évoquées. Ce genre d'écriture, qui insiste plus sur les situations auxquelles sont soumis les personnages que sur leur psychologie, peut contribuer à "repopulariser" le théâtre en le sortant de la bulle élitiste dans laquelle il est maintenu enfermé.

Pour découvrir toute l'actualité de la compagnie Clin d'Oeil, qui a monté ce spectacle, c'est par ici.

 

Fred

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Publié dans Théâtre

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