145ème mission de protection du peuple Palestinien - Carnet de voyage (3)
COMPTE RENDU DU 30 OCTOBRE 2008
Ce matin il fait beau donc on devrait enfin pouvoir cueillir des olives. On part en camionnette vers Buhrin à 4km de Naplouse. Naplouse est une ville de 300 000 habitants.
Check-point au nord de Naplouse - photo prise par Michael (voir son blog http://occupiedlove.blogspot.com/)
La route qui y mène directement est fermée, et on doit faire un détour de 30 km par une route de contournement. Les israéliens ferment régulièrement et arbitrairement des routes utilisées par les Palestiniens. Le champ sur lequel nous intervenons se trouve à quelques centaines de mètres au dessus du check-point "Huwarra" qui est fermé la nuit de 20h à 5h, et ne se traverse qu’à pied sauf exception (ambulances, pompiers, touristes,...). En cas d’urgence, les palestiniens sont soumis à l’arbitraire des soldats. Des femmes enceintes sont décédées pour ne pas avoir pu passer... Le champ est surplombé d’une colonie très dangereuse par l’agressivité de ses habitants, d’où l’utilité de la présence d’internationaux pour couvrir la cueillette. Karim nous décrit le panorama : colonie, village palestinien, colonie, village palestinien,... Il nous dit que les champs d’oliviers sont régulièrement incendiés par des colons, et les travailleurs palestiniens pris pour cibles.
On rencontre sur place le propriétaire du champ, les jeunes cueilleurs, et trois internationaux d’ISM, deux Suédois et une Australienne, qui restent en Palestine sur une longue période. On participe alors à la cueillette. Il s’agit de tendre des bâches en nylon au pied des arbres et de ramasser les olives à la main. Nous nous posons quelques questions quant à notre présence ici : nous devons protéger les Palestiniens mais nous ne sommes pas censés fournir une main d’œuvre gratuite et prendre le travail des jeunes Palestiniens.
Nous aurons droit à une pause thé et une pause sandwich, qui sera interrompue prématurément par l’arrivée d’un camion de pompiers. On aperçoit alors une colonne de fumée provenant d’un champ voisin. Nous nous précipitons vers le lieu du sinistre pour assister, désarmés, à la progression des flammes. On a un peu l’impression de n’avoir servi à rien... si ce n’est à être témoin. Le feu est éteint par les pompiers palestiniens, sous les yeux de l’armée israélienne.
Des colons apparaissent sur une crête près de la colonie, et des coups de feu se font entendre au loin. Ils nous narguent. Deux colons en tunique et kippa viennent sur le champ brûlé, comme par provocation. Les soldats nous prennent en photo. Autre témoin de la scène, un caméraman d’Al Jazeera. Karim entend des soldats israéliens évoquer la possibilité que nous, les Français, ayons mis le feu pour pouvoir en faire des photos. Nous partons précipitamment. Il est 15h. Les Palestiniens nous remercient de notre présence par des "salam" chaleureux, en nous regardant partir.
On nous conduit à la fabrique d’huile d’olive. Elle a été aménagée dans le cadre d’un projet impliquant la communauté européenne.
Direction Bil’in pour la manif du lendemain. On est arrêté à un check-point. Il est important de rappeler que la Cisjordanie est parsemée de check-points fixes (plus de 600 à ce jour) dont l’essentiel sépare des zones palestiniennes entre elles. Il ne s’agit donc pas de surveiller des entrées vers le territoire israélien ou vers des colonies, mais simplement de barrages israéliens à l’intérieur des territoires palestiniens. Les soldats, des gamins de 18 ans, nous demandent nos passeports et font descendre nos amis palestiniens. Ils les pointent de façon menaçante avec leurs fusils. Karim tient tête au soldat et lui dit qu’il n’est pas civilisé et qu’il devrait avoir honte. Les soldats font ouvrir le coffre sans trop regarder dedans et ne jettent qu’un coup d’œil rapide à nos passeports. Il semble que l’objectif du contrôle soit moins la sécurité que l’exercice d’une humiliation arbitraire sur la population palestinienne. Karim, larmes aux yeux et insistant sur la notion de sadisme, libèrera sa colère, puis le chauffeur et lui resteront silencieux pendant une bonne partie du voyage.
Le chauffeur s’arrête à tous les carrefours pour demander la route. On arrive enfin, il fait nuit et Karim et le chauffeur doivent rentrer à Tulkarem. Ils ne sont pas près d’arriver... Après un bref accueil chez le responsable du comité populaire contre le mur (Popular Committee Against the Wall), nous visitons le local du centre socio-culturel Alhadaf. Un Palestinien francophone nous présente leurs activités. Sport, soutien scolaire, théâtre,.... On rencontre Asseer, keffieh rouge et blanc, et béret étoilé à la Che Guevara, figure emblématique de la résistance au mur, rendu célèbre par une vidéo le montrant les yeux bandés, les mains ligotées dans le dos, alors qu’un soldat lui tire une balle en caoutchouc dans les jambes à bout portant. Sur les murs de la pièce dans laquelle on est hébergé, des posters comparant les situations palestinienne et sud-africaine, et des photos des manifestations hebdomadaires de Bil’in. Après un repas copieux, on est invité à manger quelques pâtisseries chez le frère de notre hôte, membre lui aussi du comité. Sa femme présente des petits sacs en broderie traditionnelle palestinienne de sa confection qu’elle vend. Réunis face à la télé qui diffuse un grand Jackie Chan ("Le smoking"), les Palestiniens nous détaillent quelques-unes de leurs actions ingénieuses lors des manifestations non violentes. Exemple : ils ont installé face aux soldats des miroirs quadrillés de bandes noires représentant des barreaux de prison, de façon à ce que les soldats soient emprisonnés dans leur propre reflet.
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