145ème mission de protection du peuple Palestinien - Carnet de voyage (6)
COMPTE RENDU DU 4 NOVEMBRE 2008
Départ de Jérusalem dans la matinée. La gare centrale est un gros centre commercial. A l’entrée, des contrôles avec portiques et rayons X, comme à l’aéroport. La gare est bondée de militaires en armes en déplacement.
Vieille ville de Jerusalem - photo prise par Michael (voir son blog http://occupiedlove.blogspot.com/)
On a perdu Sylvie qui s’est trompée de gare. Il y a en effet à Jérusalem plusieurs gares. La gare centrale avec les bus israéliens, et deux gares avec les bus arabes. Elle nous rejoindra dans la journée. Dans le bus, la voisine de José engage la conversation. Elle lui demande ce qu’il fait en Israël. Il n’ose pas parler de la mission, de ses rencontres en Cisjordanie et le regrettera par la suite car la mission peut aussi être de témoigner auprès des Israéliens. Le reste du groupe est cerné de militaires et de policiers. Sur le trajet, des panneaux indiquent explicitement des colonies ("settlements") de Cisjordanie, ce qui est étonnant car c’est la terminologie utilisée habituellement par l’occupé, et non par l’occupant. A l’arrivée, on ne trouve pas de bus : tout est écrit en hébreu.
Correspondance en taxi de Afoula à Nazareth non sans difficulté. Les chauffeurs sont stressés. Le rythme est différent du rythme palestinien. Nous sommes reçus par l’Arab Cultural Association. Cette association travaille sur l’identité culturelle et les droits culturels des Arabes Israéliens (ou "Arabes de 48"). Cette identité est perturbée puisque dans le cursus scolaire, ni l’histoire, ni la culture, ni la civilisation, ni la langue (si ce n’est comme langue étrangère) ne sont enseignées.
Conférence de Jamal Zahalka, député arabe à la Knesset, dirigeant du parti Balad, 3 députés sur 120. Il nous donne la répartition des Palestiniens en Israël par religion :
- musulmans : 75%,
- chrétiens 15%,
- druzes 10%.
Il insiste sur le caractère non démocratique de l’État hébreu, qui se considère comme la seule démocratie au Moyen-Orient. Pour lui, Israël a instauré le vote après avoir exclu en 1948 la plupart des Palestiniens, qui ne représentaient alors plus que 10% de la population. Il décrit des discriminations, en particulier l’interdiction au rapprochement de conjoints en Israël pour un conjoint issu des territoires occupés. Les Palestiniens Israéliens ont le droit d’effectuer leur service militaire mais ne le font pas, et beaucoup de droits sociaux y sont conditionnés donc les Arabes en sont exclus de fait. 25 lois ont été votées à la Knesset pour limiter l’accès à la propriété terrienne aux Palestiniens d’Israël.
COMPTE RENDU DU 5 NOVEMBRE 2008
Nous passons devant l’emplacement de quatre villages palestiniens dont un seul existe encore. Les autres ont été détruits et des pins plantés pour cacher les ruines. L’un des aspects du projet sioniste est le remplacement de la végétation d’origine par des arbres "occidentaux", pour remplacer les oliviers palestiniens. L’un des villages a été remplacé par une base militaire.
On arrive sur la Haute Galilée et au delà des collines on aperçoit le Liban. Quelques minutes plus tard, le Lac de Tibériade se dévoile. On passe la "frontière" du Golan où sont postés une vingtaine de véhicules militaires. Pas de poste frontière, les israéliens sont ici "chez eux".
En 1967, il y a dans le Golan 130 000 habitants dans 150 villes et villages. Après la guerre, il n’en reste que 6400 dans 5 villages.
On longe un tas de pierres. C’était le village d’Almesa’diya. Arrêt dans un village syrien détruit. Deux colons font leur footing. Le Golan occupé est séparé de la Syrie par des barbelés et 67 champs de mines posées en 1967 par la Syrie et qu’Israël laisse en place. A l’est de cette limite, une zone démilitarisée du côté syrien. Le Golan est traversé par un pipeline qui relie l’Arabie Saoudite à Haïfa (Israël) et Tripoli (Liban). La CIA a éliminé plusieurs dirigeants syriens afin qu’il puisse être mis en place.
On file vers le nord. La route est de plus en plus accidentée car on s’approche du Mont Hermom (2300m) avec des dômes volcaniques surgis dans ce fossé d’effondrement pour arriver au village ou nous sommes attendus. Vers midi, arrivée à Massada. Point de vue splendide sur la montagne et le réservoir d’eau.
Le repas est pantagruélique, arrosé de vins français (Cabernet Sauvignon et Merlot du Pays d’Oc). Trois femmes nous présentent les activités du centre, qui consistent a défendre leur appartenance syrienne et leur droits. Les habitants sont « apatrides » de fait. Ils ne peuvent aller nulle part, si ce n’est de façon définitive.
Nous continuons vers la frontière libanaise sur les pentes du Mont Hermon. Vue sur les fermes de Shebah. On passe au pied de la citadelle de Nemrod et on file vers la Haute Galilée en laissant sur le parcours des kibboutz et des villages palestiniens.
En réponse à nos questions sur la résistance palestinienne, Samir nous fait un plaidoyer internationaliste tout à fait remarquable ; la lutte du peuple palestinien s’inscrit dans un cadre plus large, celui de la lutte des peuples contre l’impérialisme US et le capital international. Cette lutte doit dépasser toutes les divisions ethniques, religieuses, etc, tout nationalisme qui conduit au fascisme. Des chants révolutionnaires et internationalistes égayent la fin de journée. Salman nous dira qu’il est du parti communiste israélo-palestinien, lequel est coordonné avec d’autres forces d’extrême gauche.
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