145ème mission de protection du peuple Palestinien - Carnet de voyage (5)

Publié le par La Bifurcation

Préambule : La Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) est née en juin 2001, au moment où l’offensive coloniale et répressive israélienne passait à une nouvelle étape. Une des initiatives majeures est la constitution de missions civiles internationales pour la protection du peuple palestinien. Ces missions se rendent dans les territoires palestiniens occupés, pour observer, témoigner, et intervenir pacifiquement dans des actions de résistance à l’incroyable déni de droits subi par le peuple palestinien. Jean-Louis, membre de La Bifurcation depuis le début, participe en ce moment à la 145ème mission à Tulkarem, Naplouse et Bil'in. Nous publions ici, au jour le jour, les comptes rendus transmis par la mission.



COMPTE RENDU DU 2 NOVEMBRE 2008


Dimanche 2. Retour dans le même champ avec le propriétaire, son fils Razek et son frère poète. Hier c’était shabbat, mais aujourd’hui, les ouvriers du bâtiment s’affairent et on entend un bruit sourd qui ne cessera pas de la journée. La cueillette se déroule sans incident. On fera quinze arbres dans la journée, une dizaine de sacs de 30kg environ.

Vers midi, on mange. Comme nos hôtes nous ont gratifié d’un petit-déjeuner copieux, on n’a pas faim, mais c’est l’heure habituelle du repas. Parce que ça correspond à la fin de la prière. On demande à Razek s’il prie dans les champs. "Je ne prie pas, je suis communiste". Il nous explique que sur les 4000 habitants du village, ils sont 100 non-pratiquants, et c’est très bien toléré. Le maire est d’ailleurs issu du PPP (Palestinian People Parti, qui était jusqu’à 1990 le parti communiste).

Depuis la 2ème Intifada, Razek a observé un important regain de pratique. Avant, il y avait 2 mosquées et on arrivait péniblement à 40 personnes le vendredi midi. Maintenant les 4 mosquées sont remplies. Il semble l’analyser moins comme un repli identitaire que comme une bouée à laquelle se raccrocher alors que les choses vont mal. On nous montre un champ vierge. Les soldats ont décrété un jour que les paysans devaient arracher les oliviers, sans quoi l’armée le ferait elle-même et le leur facturerait. Les arbres arrachés se comptent en centaines. Le creux du vallon est détrempé. Il y a une source naturelle, mais on nous apprend que s’y mêleraient les eaux usées d’une colonie voisine. Repas chaleureux et décontracté chez le paysan, en présence de sa femme et de ses fils, et du contact local qui nous loge. Riz et poulet, thé, café, sodas, thé à nouveau. Il ne s’agit pas de nous laisser repartir à vide. On parle avec eux de religion : pour notre hôte Dieu est unique et commun aux trois monothéismes, il est partout, c’est l’humanité selon José, au ciel selon la maîtresse de maison. Pas de polémique sur ces questions.



COMPTE RENDU DU 3 NOVEMBRE 2008


C’est un véritable déchirement alors que nous quittons nos hôtes pour partir vers Ramallah. Les enfants ont perdu leur "baby-sitter" Damien. On passe des check-points sur la route, sans encombre. Mais on ne s’y habitue pas. Au contraire, au fil du temps, on en mesure le caractère arbitraire, répressif et humiliant.


Vendeur de falafels à Ramallah - photo prise par Michael (voir son blog http://occupiedlove.blogspot.com/)


Rencontre dans les bureaux de l’UAWC pour faire le point sur notre action. Docteur Taha nous présente le rôle, les objectifs, et le fonctionnement de l’organisme. Il insiste sur l’approche démocratique et participative. Il s’agit de donner le pouvoir aux agriculteurs, pas de leur imposer des solutions venues d’en haut. Il y a une part importante de formation. Parmi les objectif, l’appui aux femmes. Avant la 2ème Intifada, les hommes pouvaient travailler ailleurs et les femmes représentaient 70% de la main d’oeuvre, donc ils se devaient de leur donner le pouvoir en conséquence. Maintenant la proportion est plutôt de 50/50. L’accès aux terres étant primordial, ils construisent des routes agricoles.

Les fonds proviennent d’autres ONG internationales parfois financées par des institutions étatiques telles que l’Union Européenne, toujours sur la base de projets, et non de subventions forfaitaires.

On passe l’après-midi au camp de réfugiés de Dheisheh. 12 000 personnes sur 1 km². On est reçu par Naji, du centre Al Feneiq. Centre détruit deux fois pendant sa construction et rebâti, il porte naturellement le nom du phoenix qui renaît de ses cendres. Présentation des activités de l’association (bibliothèque, salle de sport, théâtre, parc, salle des fêtes, ateliers vidéo) et visite des locaux. Soutien scolaire.

Visite guidée du camp. Après la Naqba, en 1948, des réfugiés y sont hébergés sous des tentes fournies par l’ONU. Dans les années 50, les habitants construisent des maisons rudimentaires et exiguës en béton et tôle ondulée. En 1970 apparaissent les maisons de parpaings sur plusieurs étages. Certaines d’entre elles, financées par leurs propriétaires eux-mêmes, semblent relativement cossues. Ils ne possèdent pourtant pas le terrain, il s’agit d’une concession sur 99 ans payée par l’ONU.

Retour à Jérusalem avec arrêt au checkpoint. Deux jeunes soldats rentrent dans le bus et regardent trois ou quatre de nos passeports puis ressortent. Au quoi tout cela peut-il bien servir ? ...

Fin de soirée au "Putin", pub slave, photos de Vladimir et affiches de l’Union Soviétique.

Retrouvez l'intégralité de ce compte rendu, et plein d'autres informations sur le site de la CCIPPP.

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Publié dans société

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